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Interview de Marc Schneider, fondateur du projet openaguila.org 9 mars 2007
OpenAguila fait partie de la longue liste des logiciels orientés Entreprise. Plus précisément, OpenAguila est ce que l’on appelle un ERP (en français : PGI1). Édité par la société SFWan, il est disponible depuis 2006 sous licence GNU GPL. Comment expliquer qu’un logiciel résolument tourné vers les TPE et PME puisse être placé sous licence libre ? La réponse nous est donnée par Marc Schneider, fondateur du projet.
La Notice d’OpenAguila sur Framasoft.
Q Marc Schneider, qui êtes-vous ?
Marc Schneider : « J’ai 34 ans, je suis Ingénieur en Informatique de formation, fondateur du projet openaguila.org et dirigeant de la SSLL SFWan. »
Q Pouvez-vous nous présenter, succinctement, la société SFWan ?
M.S. : « SFWan est une SSLL fondée en 2001. Son activité principale est l’offre de services autour du logiciel libre OpenAguila.
SFWan est membre du réseau Libre-Entreprise, qui est le premier réseau de sociétés de services en logiciel libre. Son développement est fondé sur celui de la communauté du libre : mutualisation des compétences et transparence. »
Q Comment avez-vous connu le mouvement libre ? Le connaissiez-vous avant qu’OpenAguila ne soit lui-même placé sous ce type de licence ?
M.S. : « J’ai rencontré au mois de Janvier 2006 Christophe Boutet (Société Entr’ouvert) qui m’a présenté le réseau Libre-Entreprise. J’ai décidé d’y adhérer et par la même occasion de placer OpenAguila en logiciel libre. Quelque part cela a été pour moi un moment très important. En effet, depuis des années j’utilisais des logiciels libres comme Apache, PostgreSQL, Tomcat sans vraiment connaître la philosophie profonde qu’il y avait derrière. La rencontre avec Libre Entreprise a été décisive. Elle m’a permis de prendre conscience de certaines choses et d’apporter à mon tour une réelle contribution dans le monde du libre. »
Q À qui s’adresse principalement OpenAguila ?
M.S. : « Aux TPE / PME de prestations de services (quelque soit le domaine d’activité). »
Q Quel âge a OpenAguila ?
M.S. : « Premières lignes jetées sur un calepin en Juillet 1995 (si si j’en ai encore les traces), début réel de la réalisation en 1999, en collaboration avec la société GEIDAC (Société de services spécialisée dans la sécurité incendie). »
Q Depuis quand OpenAguila est-il diffusé sous licence libre ?
M.S. : « Mai 2006. »
Q Quels critères vous ont fait pencher pour la GNU GPL comme licence libre pour OpenAguila ? Quelles autres licences étaient en lice, et pourquoi les avoir écartées ?
M.S. : « Très honnêtement, l’étude du choix de la licence n’a pas été extrêmement poussée, essentiellement par manque de temps. Cependant, en lisant le contenu GNU GPL, j’étais en parfait accord avec ce qui était proposé, donc je n’ai pas cherché plus loin… »
Q Quel a été le principal prescripteur dans la démarche de libérer le code d’OpenAguila ? Dans le choix de la licence GNU GPL ?
M.S. : « Moi-même. En ce qui concerne le choix de la licence GNU GPL, je me suis également appuyé sur l’avis des membres de Libre Entreprise. »
Q Aviez-vous songé à créer votre propre licence ?
M.S. : « Non. Comme dit, ce qui existait me convenait. »
Q Comment s’est déroulé le passage d’une licence propriétaire à une licence libre ? Avez-vous été aidés ? Soutenus ?
M.S. : « Si vous faites allusion à des aides financières, je n’en ai eu aucune et cela a été un effort considérable. En revanche, des gens autour de moi m’ont moralement soutenu. »
Q Quelles furent initialement vos réticences à l’ouverture du code source, et qu’est-ce qui vous persuada finalement de les surmonter ?
M.S. : « Aucune réticence particulière. En fait, cela me paraît étrange à l’heure actuelle, mais je ne me posais pas la question. J’ai eu comme une révélation ! »
Q Aujourd’hui, pouvez-vous dresser un premier bilan suite à l’ouverture du code ?
M.S. : « Il y a un an, personne ne connaissait OpenAguila (mis à part la petite dizaine de clients de SFWan). Aujourd’hui, OpenAguila n’est certes pas mondialement connu, mais il commence à intéresser du monde. Cela peut paraître étrange de la part d’un chef d’entreprise, mais j’ai grand plaisir à entendre que certaines personnes / sociétés se servent d’OpenAguila sans ne m’avoir rien demandé. C’est un gage de qualité du projet. »
Q Comment percevriez-vous la naissance d’un autre projet, basé sur OpenAguila (fork) ?
M.S. : « À partir du moment où on fait du libre, c’est quelque chose que l’on doit accepter (cf. les 4 libertés fondamentales : Exécuter, Étudier, Modifier, Redistribuer).
D’un point de vue purement personnel, le sentiment peut être partagé. Si quelqu’un souhaite faire un fork d’OpenAguila, c’est que la base est bonne mais que l’orientation actuelle ne lui convient pas. Je me poserais nécessairement la question de savoir les raisons profondes d’une telle décision, car peut-être que la gestion du projet n’est pas ce qu’elle devrait être, et il est toujours dommage d’éparpiller ses forces.
Cependant très clairement, je n’y verrai aucune forme d’attaque, chacun est libre, c’est justement tout là l’intérêt. »
Q Quels sont les avantages et inconvénients d’un logiciel libre, selon vous ?
M.S. : « Les avantages sont nombreux : pub gratuite, nombre de testeurs importants, possibilité de contributions externes…
Les inconvénients : il faut avoir beaucoup de temps, ne serait-ce que pour répondre sur les forums et autres mailing-lists, sans avoir pour autant de rémunération derrière. »
Q Y a-t-il eu un changement de comportement des utilisateurs, développeurs, clients envers OpenAguila depuis l’ouverture de son code source ?
M.S. : « Beaucoup de gens m’ont pris pour un fou, à savoir le fait que j’allais mettre à disposition du monde entier le fruit d’un développement de 7 ans (1999–2006). Ce à quoi j’ai répondu qu’il s’agissait là d’un argument bien prétentieux : comme s’il y avait des gens qui n’attendaient qu’une chose, l’ouverture du code d’OpenAguila pour pouvoir le reprendre et le revendre à prix d’or. Un logiciel libre doit savoir se faire accepter par les utilisateurs et plus il y aura de personnes qui investiront du temps pour mettre le nez dans le code, plus je serai content.
Concernant les clients existants, j’ai eu quelques remarques qui insinuaient que désormais les gens pourraient l’avoir gratuitement alors qu’eux avaient payé. La réponse a été très claire. Eux-mêmes ont bénéficié d’une sorte de phénomène de logiciel libre en leur époque. Ils ont bénéficié de l’énorme investissement qu’a fait la société GEIDAC (société cofondatrice du projet) lors des premières années de réalisation. D’autre part avant qu’OpenAguila soit libre officiellement je fonctionnais déjà sur ce principe : essentiellement je facturais les prestations associées (installation, maintenance …). D’autre part il est évident qu’eux bénéficieront à l’avenir des apports de la communauté du libre. »
Q Si c’était à refaire aujourd’hui, referiez-vous le même choix ?
M.S. : « À 100%. »
Q Quels sont les conseils que vous donneriez à des développeurs qui se posent la question pour franchir le pas ?
M.S. : « Le libre est un très bon moyen de se faire connaître et la philosophie sous-jacente est très saine. C’est le meilleur moyen de prouver vos qualités et de bosser avec des gens intéressants.
La notion de partage est ici très importante. »
Q Si SFWan devait aujourd’hui développer un nouveau logiciel, sous quel type de licence le placerait-elle ?
M.S. : « GNU GPL. »
Q Et si on vous posait la question à vous, Marc Schneider ? En imaginant que vous développiez vous-même un logiciel, à titre personnel ?
M.S. : « GNU GPL. Je me vois mal faire un logiciel propriétaire, étant donné que les logiciels que j’utilise sont 100% libres… »
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Progiciel_de_gestion_intégré (↑)
Nous remercions vivement M. Schneider pour avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions.
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